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Guillaume Canet & ses petits mouchoirs.

juliette.sauty - Posted on 25 janvier 2011

Les Petits Mouchoirs, réalisé par Guillaume Canet, sorti le 20 octobre 2010, était un film attendu. Le martelage médiatique, les affiches publicitaires, la promotion dans les journaux télé. La machine « promo-pub-presse » était en branle. En somme, tout ce qui m’insupporte dans la production cinématographique d’aujourd’hui, le principe de « bourrage de crâne » étant bien ancré dans la mécanique des producteurs et autres intervenants commerciaux.

Cependant le thème du film avait piqué ma curiosité aiguisée de cinéphile malgré un certain parti pris : oui, on pourrait dire qu’un énième film choral sur une bande d’amis qui partent en vacances, ça sent irrésistiblement le « déjà-vu ». On pourrait penser en outre, que deux heures trente d’intrigue pratiquement inexistante, c‘est agaçant. Mais chacun de ces arguments a en vérité, son pendant. Canet réalise un film sur l’amitié. Et je prends le pari que tous ses détracteurs n’ont jamais connu l’amitié, la vraie, avec tout ce qu’elle implique : ses tourments, ses désespoirs, ses errances mais surtout ses moments indescriptibles de bonheur car le tour de force de Guillaume Canet, c’est de réussir à capte ces moments indicibles et éphémères, à figer l’instantané de l’amitié dans toute sa grandeur - au sens noble et plein du terme, comme dans son inévitable part d‘hypocrisie.
 

Il réussit subtilement à faire passer ses personnages d’une situation légère et souvent très drôle à une situation tendue et dramatique sans tomber dans le pathos facile. Finalement, un peu comme lorsque la vie nous prend au dépourvu. Alors on rit beaucoup, parfois amèrement. On pleure quand Canet sort la panoplie des grands sentiments. Mais ce qui étrangement serait exagéré dans un autre film, sonne ici très juste. Ni trop, ni trop peu, l’émotion est distillée finement tout au long du film, certaines scènes étant
parfois assez dures.
 

Mention spéciale à la performance des acteurs, qui sont tous admirablement justes dans leur jeu, notamment à François Cluzet dans son rôle de père de famille névrosé ou encore à Marion Cotillard également très émouvante en jeune femme paralysée par la peur de l‘engagement. La complicité étonnamment forte entre les acteurs se ressent beaucoup à l’écran et participe presque entièrement à la dynamique du film, ce qui est très agréable ; l’amitié on le voit, ne paraît pas surfaite ou affectée.

Guillaume Canet réalise ainsi ce qui est sûrement son film le plus abouti. Car c’est un film sur les gens. Comme vous, comme moi. Un film sans aucune distance, sans affectation ou jeu intellectuel inutile qui crée parfois une barrière (voulue ou non) avec le spectateur. L’amitié comme Canet la montre, tout le monde la vit, l’a vécue ou voudrait la vivre. La longueur du film (2h30) est en effet contrebalancée par la création d’une ambiance si particulière, celle des vacances, des amis, des repas au cours desquels résonnent les rires et tintent les verres jusque tard dans la nuit. C’est cette atmosphère, à la fois si ordinaire mais cependant si précieuse et unique qui fait du film de Guillaume Canet une très bonne comédie « populaire »-sans aucune connotation péjorative du terme.
 

Considérons qu’un film qui prend le pari de parler au plus grand nombre en donnant l’impression de s’adresser à chacun de manière si intime, est un pari gagné.
 

A l’affiche depuis plus de dix semaines au moment où nous écrivons, Les petits mouchoirs a déjà réalisé 5,2 millions d’entrées en France au 15 décembre 2010. (source : CBO- Box office)

Juliette Sauty, L1 Humanités.

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